Les archives des Éditos de Police Mutualité de l'année 2007

Édito d'Octobre 2007 - Numéro 320


« Une mutuelle ne fait pas de bénéfices. »
Pendant soixante ans, les mutuelles ont affiché avec fierté cette spécificité qui les différenciait des compagnies d’assurances. Et il y a peu de temps, il était contraire à l’éthique mutualiste de parler « marketing, développement, stratégie commerciale, bénéfice ». La mise en place du nouveau code de la mutualité répondant aux directives européennes montrait pourtant que la voie venait d’être ouverte à des changements profonds qui ne seraient pas stoppés au motif qu’ils n’allaient pas dans le sens de l’Histoire.

À la MGP, nous avons fait des choix : refuser les regrets et les lamentations pour nous tourner vers l’avenir, en essayant d’anticiper. Cette attitude nous vaut d’être considérés parfois comme « le mouton noir »* de la famille mutualiste ; celui qui refuse de suivre systématiquement la route tracée pour tous. Tout le monde le sait : le chemin de la vérité, difficile à trouver, n’est pas obligatoirement celui où le plus grand nombre s’engage. Et pourtant, on ne nous pardonne pas d’aller mettre nos pas ailleurs, même quand les faits nous donnent raison.

Depuis 2001, les contraintes imposées par l’Europe n’ont pas cessé de croître. La dernière en date, « Solvabilité II », a pour objectif essentiel affiché de mieux protéger les clients des compagnies d’assurances et les adhérents des mutuelles. Solvabilité II impose notamment :
• des marges de solvabilité renforcées, difficiles à atteindre lorsque l’on a refusé de penser « bénéfices » ;
• un contrôle interne et une gestion des risques performants qui ne peuvent se concevoir sans professionnalisme interne.

Les assureurs qui ont su anticiper sont préoccupés, mais sans plus. Les mutuelles qui n’ont pas cru que l’environnement allait à ce point évoluer se trouvent brutalement confrontées à des difficultés insurmontables. Plans de licenciements ; obligations d’emprunter ou de vendre son patrimoine ; absorptions ; fusions imposées; ententes conclues à la hâte : voilà le triste spectacle auquel nous assistons dans notre sphère mutualiste mal préparée. De cette nouvelle tourmente, le paysage mutualiste sortira modifié. Le nombre de mutuelles aura encore chuté. Certaines auront dû abandonner leurs spécificités et leur proximité avec l’adhérent. Contrairement à ceux qui se réjouissent de ces regroupements réalisés dans l’urgence sous la pression et les contraintes, je pense que le mouvement mutualiste en sortira affaibli.

À ce jour, la MGP dispose de moyens indispensables pour répondre aux exigences de Solvabilité I. Elle a anticipé la situation en :
• réalisant des bénéfices ;
• valorisant son patrimoine ;
• professionnalisant la mutuelle et industrialisant les chaînes de travail.

Ce constat doit nous conforter sur le bien-fondé de notre démarche qui consiste à conserver notre esprit critique, notre libre arbitre et notre liberté d’action, dans le respect des valeurs mutualistes dont personne n’est le dépositaire exclusif.
 

*Citation du philosophe Alain.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito d'Août 2007 - Numéro 319


Le peloton du Tour de France fond comme neige au soleil. Non pour cause d’accidents ou de grosse fatigue des « forçats de la route », mais parce qu’il faut exclure les tricheurs pris en flagrant délit de dopage. Le sport peut-il être encore associé à la santé, l’exemplarité, l’effort, ou n’a-t-il plus qu’un seul moteur : l’argent ?

Les infirmières bulgares retenues prisonnières en Libye sortent enfin de leur geôle. Quel est le prix payé pour leur libération ? Nous ne le savons pas, mais d’autres questions se posent : quelles souffrances physiques ou morales ont-elles endurées ? Quel est leur état de santé ? Quelle est leur espérance de vie ? Leur situation de victimes innocentes nous rappelle que des êtres humains n’accordent aucune valeur à la vie des autres.

Il y a aussi notre « Sécu » dont les finances sont au plus bas pour cause de dépenses en hausse. L’État peut et doit rembourser ses dettes, mais cela ne suffit pas à combler l’abîme.

Le parcours de soins, les forfaits laissés à la charge des assurés, les contrôles mis en place pour traquer les fraudeurs, etc., n’ont pas eu l’impact attendu. La courbe des dépenses n’a pas cessé de monter.

Fin juin, les statisticiens de l’assurance maladie constataient des dépenses en hausse de 5,3 % par rapport à la même période de 2006. Tout augmente : la valeur des actes, le nombre de patients ayant eu recours à des soins (+ 2 %), les indemnités pour arrêt de travail (+ 5 %).

Selon la Cnam, 88 % de la croissance des soins de ville, hors arrêts de travail, s’explique par des pathologies comme le cancer ou le diabète. L’accent n’est plus mis sur les gaspillages mais sur des vrais malades qui ont besoin de soins longs et coûteux. Cette information rend la situation plus angoissante encore. Côté retraites, le ciel n’est pas davantage dégagé. Les seniors n’ont guère envie de jouer les prolongations au travail. Et les chefs d’entreprise ne font pas grand chose pour les retenir. Nous semblons courir à la catastrophe annoncée.

La faute continue à être rejetée sur un système qui a vécu. Une France de 2007 qui n’a plus rien à voir avec celle de 1945. Un excès de solidarité qui tue la responsabilité. Forts de ce constat, regardons un peu ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique où, à la fin des années 1940, un choix diamétralement opposé à celui de la France a été fait en matière de protection sociale. Refusant l’idée d’un système d’assurance santé national, les grosses industries de l’époque et en particulier celle de l’automobile ont offert à leurs salariés leur propre système privé. Elles s’appellent notamment Ford, General Motors, Chrysler. On les appelait les géants de l’industrie automobile. Elles sont aujourd’hui laminées par la concurrence asiatique et n’ont plus les moyens de faire face au surcoût occasionné par les remboursements de santé aux salariés retraités. Depuis 1970, le système qui avait servi de modèle montre ses limites et ses dangers. Certaines entreprises déclarées en banqueroute ont laissé le soin au gouvernement de prendre leur suite. D’autres ont continué à respecter leurs engagements, mais elles en paient le coût économique. En 1993, Bill Clinton arrivant au pouvoir parlait de créer un système d’assurance santé national. Pour des raisons d’intérêts particuliers et d’idéologie, le projet a échoué. Une solution est toujours recherchée.

Pour l’heure, un bras de fer est engagé entre les syndicats, d’un côté, et les entreprises Ford, General Motors et Chrysler, de l’autre. Les premiers exigent le respect des engagements pris. Les secondes menacent de mettre la clef sous la porte si un compromis n’est pas trouvé. En ce mois de juillet 2007, le ciel du secteur économique et social de Detroit arbore la même couleur que le ciel de France. Il est résolument gris.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito d'Avril 2007 - Numéro 318


A la fin des années 80, l'automédication était dans le collimateur de l'Assurance maladie, des mutuelles et du ministère de la Santé. Elle était pointée du doigt comme un facteur de risques. Facteur de risques pour la santé. Facteur de risques pour les finances de la Sécu.

Les Français, champions du monde de la consommation pharmaceutique, apprenaient qu'ils étaient menacés par des maladies dites "iatrogènes ", dues aux interactions entre les produits.
Les médecins étaient accusés de complicité car ils prescrivaient a posteriori les médicaments que leurs patients avaient pris l'initiative d'acheter. Satisfaction de la clientèle oblige.
La Sécu s'en plaignait. Elle remboursait des médicaments pas toujours nécessaires et parfois même dangereux. Elle subissait le coût des maladies iatrogènes.

La situation fut jugée suffisamment grave pour que soit lancée une vaste opération de communication. Objectif : faire comprendre aux malades qu'ils devaient renoncer à tout médicament non prescrit.

Début des années 2000 : changement de décors. Les Français sont toujours champions du monde dans la même spécialité. Mais ce n'est plus leur santé qui est au centre des préoccupations. Le vrai souci : ils font payer la quasi-totalité de leur consommation à la Sécu et aux mutuelles, alors que leurs voisins européens savent mettre la main à la poche.

Un rapport remis au ministre de la Santé Xavier Bertrand soulève ce problème et propose, pour le résoudre, d'encourager l'automédication. On y voit un moyen d'enrayer les bobos avant qu'ils ne s'aggravent. De dangereuse, l'automédication est devenue vertueuse. Les rapporteurs font parfois preuve d'une habileté de magiciens.

Comme à l'accoutumée, tous les acteurs de la santé se sont jetés sur le rapport comme sur la manne tombée du ciel.
Les pharmaciens se battent pour que les produits conseillés en automédication ne soient pas mis en vente dans les grandes surfaces. C'est promis, ils vont créer toutes les conditions favorables dans leurs officines.
Les laboratoires souhaitent le déremboursement des médicaments concernés. Ils savent que c'est le seul moyen pour empêcher les médecins de valider l'automédication de leurs patients. Ils savent aussi et surtout que c'est le bon moyen pour augmenter leur marge bénéficiaire.
Des compagnies d'assurances et des mutuelles réfléchissent sur la façon dont elles pourront tirer leur épingle de ce jeu où la santé est la mise.
Seules les associations de consommateurs continuent à clamer les dangers de l'automédication.

Dans ce concert, les médecins ne se sont guère fait entendre. Sans doute étaient-ils trop préoccupés par les négociations tarifaires avec la Cnam.
Début mars, le docteur Jean-Paul Escande invité de France 2 se déclare quant à lui très inquiet de voir les Français jouer aux médecins par ordinateur interposé.

Ordinateur, mon bel ordinateur, dis moi de quoi je souffre. Quelques clics. Des dizaines de sites. Des centaines de diagnostics parmi lesquels il faut choisir. Une chance sur deux de se tromper ; de prendre un petit bobo pour une maladie grave ou une maladie grave pour un petit bobo. Les médecins commencent à constater les dégâts de cet autodiagnostic. Et le docteur Escande de lancer un appel solennel " Attention ! La médecine n'est pas une science exacte ". D'accord, docteur, mais encourager l'automédication, n'est-ce pas aussi encourager l'autodiagnostic et ses conséquences ?


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito de Janvier 2007 - Numéro 317


Solidarité. Progrès. Accès aux soins pour tous. Tels étaient les objectifs enthousiastes et porteurs d'espoir que la France affichait avec fierté dans les années de l'après-guerre. Où en sommes-nous en ce début du XXIe siècle ?
La réponse s'est imposée à moi au cours du week-end de décembre consacré au Téléthon 2006.

Comme les années précédentes, des artistes ont déployé leurs efforts pour faire vibrer nos cordes sensibles et nous convaincre de mettre la main à la poche. La France a vécu pendant deux jours, suspendue au montant des promesses de dons. Et pour cause. Une partie de la recherche médicale en dépend.

Comme les années précédentes, nous avons vu des lueurs d'espoir s'allumer dans les yeux d'enfants lourdement handicapés et condamnés à plus ou moins court terme. Espoir de voir progresser la recherche médicale et pharmaceutique. Espoir de guérir. Espoir de vivre tout simplement. Mais espoir lié à l'importance de la générosité publique, ce dont personne ne semble s'offusquer.
Dans notre France du XXIe siècle, des enfants attendent de la charité leur chance de survie. La grande idée de solidarité nationale, si chère au cœur des pères fondateurs de la Sécurité sociale est totalement battue en brèche.

A l'occasion de ce Téléthon, nous avons entendu des hommes refuser à la science le droit de progresser. Et ce, au nom d'une idéologie religieuse. Nous pensions totalement révolu le temps où Copernic avait interdiction de dire que la terre tourne et Léonard de Vinci celle de disséquer les cadavres pour comprendre le fonctionnement du corps humain.
Notre France du XXIe siècle est-elle en train de connaître un retour à l'obscurantisme barrant la route du progrès ? Heureusement, des voix se sont élevées pour manifester leurs objections. Mais pour la première fois, depuis 20 ans que le Téléthon existe, des opposants à la recherche scientifique ont osé se manifester. Cette réaction n'est pas à prendre à la légère.

Au cours de ce même week-end de décembre, nous avons appris qu'un enfant atteint d'une maladie orpheline allait mourir parce que le médicament qui lui est indispensable n'allait plus être fabriqué. Les raisons : manque de rentabilité et nécessité pour le laboratoire de rendre des comptes aux actionnaires. Finalement, le laboratoire a cédé sous la pression des medias et de l'opinion. Mais pour combien de temps ?
Le droit aux soins pour tous était un objectif à atteindre, assorti d'une quasi-obligation de réussir. Il est en train de devenir une utopie pour des raisons économiques.

Ce week-end de décembre n'a pas éveillé ma conscience, mais il a fini de m'ouvrir les yeux sur la réalité de notre France. J'ai vu que le combat pour la laïcité était toujours d'actualité.
J'ai vu également que ceux qui continuent à parler de Sécurité sociale, de solidarité nationale et d'accès aux soins pour tous ne sont plus considérés comme des hommes de progrès. Ils passent pour de vieux fous n'ayant pas cessé de croire au Père Noël. J'en fais partie.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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