Les archives des Éditos de Police Mutualité de l'année 2003

Édito de Novembre 2003 - Numéro 304


C'est par temps de guerre que l’on parle le plus de paix. C’est dans les pays totalitaires que l’on parle le plus de liberté. Fort de ces constats, je m’inquiète d’entendre de plus en plus parler en France de solidarité. Serait-elle menacée ? Le plan en faveur des personnes âgées et handicapées, porté à notre connaissance le 6 novembre 2003, conforte mes craintes.

Jusqu’à présent, nous disposions d’un système de protection sociale basé sur la solidarité nationale. Les bien-portants payaient pour les malades ; les actifs pour les retraités. Chacun avait des droits et des obligations. Personne n’était étiqueté en fonction de ses besoins. Aujourd’hui, il s’agit de trouver des coupables et des responsables de ce déficit impossible à maîtriser.

Les coupables ont été dénoncés depuis longtemps. Ce sont les assurés fraudeurs qui abusent des soins et des arrêts de travail et les médecins peu scrupuleux qui prescrivent à tout va. Personne en revanche ne s’est jamais préoccupé des raisons de ces comportements, et n’a mis en place les moyens nécessaires pour les faire cesser. Aussi, la suspicion de l’abus des soins pèse sur chacun d’entre nous. Nous sommes aux yeux des autres des coupables potentiels.

Les responsables quant à eux sont aujourd’hui clairement désignés. Ce sont nos personnes âgées, grosses consommatrices d’actes médicaux et de médicaments et ayant des besoins spécifiques auxquels nous n’avons pas su faire face lors de la canicule. Bien sûr, il s’agit d’un simple constat. On ne leur reproche rien. Au contraire, on veut s’occuper d’elles. Mais cela coûte cher, et nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Heureusement, une des caractéristiques des hommes politiques est d’avoir des idées. La manne nécessaire sera donc trouvée en exigeant des salariés un jour de travail supplémentaire par an. Pour les fonctionnaires, ce sera le lundi de Pentecôte. Pour les entreprises privées, l’initiative leur appartient. Le monde agricole et les travailleurs indépendants échappent pour l’instant à ce «beau geste de solidarité».

Bien sûr, la formule ne fait pas l’unanimité et la discussion s’engage entre ceux qui sont d’accord et ceux qui le sont moins. Et pendant ce temps là, nos personnes âgées, déjà mal à l’aise d’avoir été sur la sellette au moment du débat sur les retraites, sont carrément gênées. Gênées de coûter cher. Gênées d’obliger les jeunes à travailler davantage. Gênées d’être encore là… Sans doute par maladresse, nous manquons à leur égard de pudeur, de fraternité, presque de respect.

Nous avons toujours su qu’il fallait plus d’argent pour soigner et réparer les corps usés par l’âge. L’important était de faire toujours plus, toujours mieux, mais sans en parler. La seule annonce consistait à dire avec fierté que l’espérance de vie s’allongeait.

Au train où vont les choses, j’en suis à redouter le jour où, pour alimenter la future caisse de solidarité et d’autonomie qui doit être créée, quelques bonnes âmes par télé interposée, en appelleront à la charité publique. A quand la grande soirée où nous promettrons notre obole pour secourir nos vieux parents et voisins ? Quand allons-nous mettre la qualité de leurs soins et de leur confort de vie entre les mains de généreux donateurs ?

Deux livres viennent de paraître : «De Gaulle mon père» par Philippe de Gaulle et «Hommage à Pierre Laroque» à l’initiative du Comité national d’histoire de la Sécurité sociale. Les deux ouvrages vantent le travail exemplaire de ces hommes, pères fondateurs de notre Sécurité sociale que je considère comme la plus belle œuvre de solidarité de l’après-guerre.

Comme j’aurais aimé travailler aux côtés de ceux qui ont bâti ! Combien je suis mal à l’aise d’assister impuissant à la destruction de ce ciment social qui unissait toutes les classes de la société française et toutes les générations.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito de Septembre 2003 - Numéro 303


Habituellement, l’été c’est la saison des vacances où chacun essaie de vivre un peu de ses rêves. Le soleil réchauffe les corps des anciens qui reprennent contact avec le monde extérieur. Il dore les peaux qui se découvrent et « recharge les batteries » de ceux qui ont travaillé toute l’année. L’été 2003 nous laisse une autre vision : celle d’un monde en rupture d’équilibre. Nos forêts ont brûlé. Les arbres épargnés par le feu ont cédé sous la force des vents. Les eaux ont envahi les maisons. Des hommes sont morts en portant secours. Et, horreur absolue, 15 000 de nos concitoyens sont décédés sous l’effet de la canicule.

Les responsables désignés de cette catastrophe : les «Français d’en bas». Nous sommes accusés d’avoir laissé mourir nos voisins et parents sans leur avoir témoigné la moindre humanité. Sans leur avoir tendu une main secourable. Pour nous punir d’une telle attitude et nous redonner le sens perdu de la solidarité, il est envisagé de nous faire travailler le lundi de Pentecôte. Le fruit de notre travail alimentera un fonds destiné aux personnes âgées. Convaincus d’avoir été pris en flagrant délit d’égoïsme, nous baissons la tête. Et après nous être tant émus (à juste titre) des 4 000 morts de l’attentat de New York, nous osons à peine parler de nos 15 000 morts de l’été. Ils pèsent sur notre conscience.

Mais n’y a t-il pas erreur sur les responsables ?

Qui souscrit aux délocalisations des entreprises, exige des salariés une grande mobilité ?
Qui traite de frileux ceux qui réclament un emploi stable pour rester près de leurs parents ?
Qui réduit les effectifs et les investissements des hôpitaux ? Qui laisse au secteur privé la grande part du marché des maisons de retraite ? Qui nous explique que la Sécurité sociale coûte trop cher ? Qui dérembourse les médicaments, augmente le forfait hospitalier, rend plus difficile l’accès aux soins pour les plus démunis ?

Vivre les valises à la main pour trouver du travail ne favorise pas le respect des valeurs familiales et l’entraide entre les générations.

Le démantèlement retardé mais néanmoins programmé de la Sécurité sociale et l’idée d’assurance personnelle et du « chacun pour soi » qui fait son chemin, ne militent pas pour un renforcement du lien social. Les choix politiques produisent inexorablement leurs effets. Y compris leurs effets secondaires ; ceux que l’on n’a pas forcément recherché ; ceux dont on se passerait bien…

Les éléments déchaînés de l’été nous ont démontré notre fragilité. Ils nous ont rappelé que l’Homme malgré son intelligence ne peut pas lutter individuellement contre les grands fléaux. Sachons en tirer les leçons et rappelons-nous en toutes occasions que seules des structures organisées et solidaires sont susceptibles de nous protéger. Notre MGP est une de ces structures.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito de Juillet 2003 - Numéro 302


Rechercher la performance : tel est l’objectif qui a présidé les décisions de l’Assemblée générale qui s’est déroulée du 17 au 19 juin 2003 à Lille.

La recherche permanente du meilleur service au moindre coût va nous conduire à modifier nos structures, notre organisation, nos façons de travailler. De nouvelles mesures vont être prises dans l’intérêt collectif ; dans l’intérêt de ceux qui ont choisi le mouvement mutualiste pour se protéger contre les aléas de la vie.

Nous allons continuer à agir pour moderniser la MGP. Nous voulons qu’elle réussisse à traverser les tempêtes des grands changements qui s’annoncent et qu’avec le mouvement mutualiste dont elle défend les valeurs, elle finisse par s’imposer comme un modèle de gestion. Alternative au «tout Etat» et au «tout libéral» qui ont amplement démontré leurs limites et leurs effets pervers, le mutualisme contient en germe des atouts formidables.

C’est vous adhérents-clients de la MGP qui, en participant à la vie démocratique, choisissez les orientations à donner à l’entreprise. Un homme = une voix. Voilà un des grands principes de la mutualité. Une de ses particularités. Une de ses différences avec les entreprises privées ou publiques où les décisions sont prises par des hommes et des femmes parfois brillants mais le plus souvent trop éloignés de la réalité du terrain.

C’est vous adhérents, qui bénéficiez du mouvement solidaire financé par vos cotisations. Aucun actionnaire extérieur n’attend le partage de bénéfices. Au contraire, des collègues bénévoles sont prêts à former une chaîne autour de vous si vous rencontrez des difficultés.

Votre mutuelle est une entreprise qui respecte ses salariés, lesquels en retour défendent son image. Considération et respect, voilà ce que réclament aujourd’hui les travailleurs de notre Pays.

Pour que ce système continue à vivre, nous allons rechercher toutes les niches d’économies de gestion, tout en maintenant un niveau de prestations et de services le plus élevé possible. Nous allons gager nos résultats par des contrats d’objectifs signés avec la Caisse nationale d’Assurance maladie, nos salariés et les élus, démontrant en cela que nous sommes engagés dans un processus de modernisation. Mais une modernisation qui doit servir à donner plus de force et de vigueur à la MGP, tout en préservant le socle de ses valeurs essentielles. Car c’est seulement avec cette perspective que nous nous inscrivons dans le courant de la nécessaire modernisation dont on nous parle chaque jour. Moderniser : oui. Se renier : non.

Beaucoup de projets donc… Mais nous sommes au mois de juillet, et l’heure est aux vacances. Lorsque Police Mutualité vous parviendra, certains seront déjà partis, d’autres seront en train de boucler les valises. A tous je souhaite d’excellentes vacances. Mais j’adresse aussi mes pensées fraternelles et amicales à ceux qui, pour une raison quelconque, ne peuvent pas pleinement profiter de cette période de joie et de détente.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito de Mai 2003 - Numéro 301


“Il faut rassembler ce qui est épars”. Je fais mien ce message que nous ont laissé les anciens égyptiens. La légende d’Isis parcourant inlassablement le monde à la recherche des parties du corps de son époux Osiris nous rappelle que l'œuvre est un tout, qu'elle ne sera jamais achevée et parfaite tant qu’un seul morceau manquera au puzzle. Depuis 1963, les collègues travaillent à la construction de l’œuvre mutualiste policière mais celle-ci n’est toujours pas achevée.

Remontons ensemble le cours de l'histoire. En 1945, date de création de la Sécurité sociale, il existe en France 60 sociétés mutualistes de policiers. Les collègues sont recrutés dans leur région, ils y font carrière. Des mutuelles locales à l'existence pleinement justifiée se créent.

À partir de 1963, les conditions différentes de recrutement et d'emploi ainsi que les premières difficultés économiques conduisent les responsables mutualistes à se regrouper.
Les mutuelles de Marseille, Nice, Reims, Clermont-Ferrand, Poitiers, Nantes et Versailles s'unissent pour former la mutuelle générale de la sûreté nationale. Autour de cette structure qui comme son nom l'indique a une vocation nationale viennent petit à petit s’agréger de nombreuses mutuelles provinciales.

Arrivent tout d'abord la Normandie, la Picardie et la Bretagne. Puis en 1970 la société amicale de prévoyance de la préfecture de police de Paris ainsi que la fraternelle des policiers de Paris.

En 1972, la société mutualiste de Metz juge à son tour le regroupement opportun, elle est suivie par celle de Bordeaux en 1978. C'est à ce moment-là que la structure porteuse de ce mouvement national prend son nom actuel de mutuelle générale de la police.
En 1988, Toulouse vient renforcer les rangs de la MGP. Depuis... Plus rien.

Voilà quinze ans que les choses se sont figées, comme si l'on avait renoncé à aller jusqu'au bout de cette dynamique, comme si l'intérêt des policiers n'allait plus dans le sens de l'histoire. On imagine sans mal les discussions et les difficultés qui ont dû présider au regroupement. Mais au nom de l'intérêt général, on a fait taire les divergences. Et l'on a bâti sur l'essentiel qui rassemble : les valeurs mutualistes jugées indispensables à la santé et au bien-être.

Les différentes appellations* qui ont jalonné la construction de notre mutuelle prouvent que l'on savait, même symboliquement, renoncer à l'existant pour créer avec d'autres quelque chose de nouveau. Pourquoi ce qui était possible hier ne le serait plus aujourd'hui ? Les contraintes nouvelles du Code de la mutualité nous incitent à la construction d'une seule et grande mutuelle de la police. Les textes nous fournissent l'encadrement juridique pour la réaliser. L'image de cohérence nationale que nous devons donner de la police nous oblige à réussir.
 

*avant de s'appeler mutuelle générale de la police, notre mutuelle a été dénommée, mutuelle générale de la sûreté nationale, mutuelle générale de la police nationale, mutuelle générale de la police française.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito de Mars 2003 - Numéro 300


"Supposer que du centre de la Nation, pourraient être réparties sur tout le territoire, les sommes nécessaires à la vie des hôpitaux et plus généralement à l’existence des citoyens hors d’état de travailler, relevait évidemment de la plus généreuse des utopies…". Cette phrase qui a le goût amer des réflexions et constats actuels, date de 1795. Elle est attribuée à un député, au moment de la chute de la Convention. Elle prend à contre-pied les idées généreuses de la révolution.

L’Histoire de notre protection sociale a ainsi été marquée par une succession d’idées humanistes et généreuses, suivies de périodes de régression dues aux dures réalités économiques ou à des courants de pensée empreints de libéralisme. Quelles que soient les influences et les décisions prises, une évidence a toujours fini par s’imposer : l’Homme a besoin d’une protection sociale organisée et solidaire. Et il est bien peu probable que la réalité d’aujourd’hui nous conduise à une autre conclusion.

La cellule familiale éclatée, recomposée, oublie la notion de lien de responsabilité qui unit ses membres. Chacun aspire à vivre sans contrainte et à sa guise sa propre vie. Le village ne joue plus son rôle social. Ayant perdu ses centres vitaux, de rencontres et de convivialité : écoles, services publics, commerces de proximité, il sert de dortoir aux travailleurs des cités voisines. Le chômage sévit. Il rend les lendemains incertains contre lesquels même les plus prévoyants ne peuvent pas se garantir. Les petits épargnants en effet, ne songent plus à faire fructifier leurs économies, mais à les placer sans trop de risque. Chaque jour nous apporte par ailleurs son lot de maladies nouvelles : Sida, maladie de la vache folle, et la dernière en date, la pneumopathie. Nos médecins qui avaient appris à réparer ou à changer toutes les parties de notre corps montrent leur impuissance. On meurt même des maladies nosocomiales contractées en milieu hospitalier.

Et dans ce décor de scénario catastrophe, notre Sécurité sociale ne peut même plus nous rassurer. Elle aussi est malade. On nous le dit et le répète. Elle est malade de son déficit que rien ni personne ne peut endiguer. Une réforme de ses structures est en cours. Et nous allons renoncer à ce système que beaucoup de pays nous envient. A l’heure où j’écris ces lignes, nous ne connaissons que des hypothèses et des propositions. Une seule certitude s’en dégage : les Français devront payer plus pour une protection moindre. La suite est facile à deviner. Les mutuelles vont jouer la carte de la sécurité pour leurs adhérents et refuser de leur proposer une protection au rabais. Les tarifs vont donc augmenter et elles vont souffrir davantage encore de la concurrence des assurances privées qui vont trouver dans ce contexte de nouveaux arguments pour séduire. Et dans quelques mois, voire quelques années, le réveil sera brutal et douloureux pour nos concitoyens, qui se seront laissés leurrer.

La France est sur le point d’écrire une nouvelle page de l’histoire de sa protection sociale. Je crains que ce ne soit pas une des plus belles. Néanmoins, je suis convaincu qu’il y aura toujours des femmes et des hommes dans ce pays qui, refusant les inégalités et la misère provoquées par les aléas de la vie, sauront s’unir et innover pour relever le défi et rebâtir. Les vrais mutualistes en font partie. Ils sauront se mettre à l’œuvre.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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Édito de Janvier 2003 - Numéro 299


L'année 2003 doit être marquée par la réforme de la Sécurité sociale. La grande dame s’apprête à subir un nouveau lifting. Un de plus. Espérons que l’opération réussie lui donnera le “coup de jeune” dont elle a besoin mais que la transformation ne la rendra pas méconnaissable. Il y a toujours à craindre de ce genre d’intervention.

Une fois de plus, les grands spécialistes de la Sécurité sociale sont à son chevet. Le groupe de travail conduit par Rollande RUELLAN a rendu sa copie. Celui qui a été confié à Jean-François CHADELAT est encore à pied d’œuvre.

Chaque réforme de la Sécurité sociale ayant une répercussion sur le fonctionnement de nos mutuelles, c’est tout notre système de protection de santé qui va être concerné. La Fédération Nationale de la Mutualité Française a préparé un dossier complet et intéressant de réflexion sur le sujet, en vue de son Assemblée générale de juin 2003. La démarche est louable. Mais en juin, selon toute vraisemblance, les jeux seront faits. C’est donc bien avant cette date que le débat démocratique doit s’amorcer au sein des instances mutualistes.

La redéfinition du « panier de soins » qualifié de chantier prioritaire par le ministère de la Santé contiendra la réponse à des questions essentielles :
- Quels sont les soins indispensables à notre santé ?
- Quels sont ceux qui ne le sont pas ?
- La notion de luxe existe-t-elle en matière de santé ?

C’est en fonction des réponses apportées que sera définie la ligne de partage des compétences entre le régime obligatoire et nos mutuelles. Il semble qu’une fois encore on envisage de mettre davantage de dépenses à la charge des organismes complémentaires.

Les membres de la Fédération Nationale de la Mutualité Française présents dans les groupes de travail mis en place par le gouvernement sont les garants de la défense des intérêts des assurés sociaux mutualistes. Cette présence nous rassure et nous leur accordons toute notre confiance. Néanmoins, la mutualité ne peut pas envisager de réformes profondes en faisant l’impasse sur un grand débat démocratique. Nous devons donc obtenir la tenue d’une Assemblée générale de la Fédération Nationale de la Mutualité Française dans des délais qui permettront à vos représentants de débattre et de prendre les décisions utiles. En votre nom, j’ai effectué une demande dans ce sens, j’espère que je serai entendu.


Le Président national,
Jean-Marie VENTURA

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