Froid dans le dos. Froid tout court, si je puis dire, parce que l’on parle de mortalité due à la pollution, en l’occurrence avec un taux considérable : une mort prématurée sur six dans le monde !


Le Lancet (again, un de nos deux grands journaux de médecine) vient de jeter un pavé dans la mare, et même un pavé tout court car bien au-delà du format habituel d’un article de quelques pages il s’agit d’un rapport(1) de… 51 pages.

 

Le rapport précisément d’une commission de ce même journal sur la pollution et la santé. Devant une telle alerte, je laisse provisoirement mon chantier sur les maladies de la nutrition (en fait, apparemment vous verrez).

 

 Lisons ensemble les faits saillants de ce rapport

 

La pollution est – de loin – la première cause environnementale de maladie et de décès prématuré.

L’estimation pour l’année 2015 est celle de 9 millions de décès prématurés ; soit 16 % de décès toutes causes confondues ; soit plus que les décès liés au sida, à la tuberculose, et à la malaria confondus ; soit encore 15 fois plus que les décès liés aux guerres et aux autres actes de violence.

 

Cette proportion de décès prématurés s’élève même à un décès sur quatre dans les pays les plus sévèrement touchés.

 

La pollution est rendue responsable de 21 % des décès par maladie cardiovasculaire, 51 % des décès par maladie pulmonaire obstructive et 43% des décès par cancer du poumon.

 

Comme on pouvait le craindre, ce sont les populations pauvres et vulnérables qui sont les plus touchées. En effet, environ 92 % des décès sont notés dans les pays à développement faible à moyen ; et tous pays confondus, ce sont les minorités et les populations marginalisées qui sont le plus touchées.

 

Les villes, enfin, sont les plus touchées ; plus particulièrement celles à développement rapide.
 Les facteurs, eux, sont bien connus


Il s’agit en particulier des déchets industriels, des gaz d’échappement des véhicules motorisés et des toxiques chimiques. Tant il est vrai que la bagatelle de plus de 140 000 produits chimiques et pesticides a été synthétisée depuis les années 50.
A quoi il faut ajouter les opérations minières, la déforestation, etc.


Au fait, avec les perturbateurs endocriniens et autres pesticides, « nos » maladies de la nutrition – l’obésité et le diabète – sont dûment représentées.


S’il faut faire vibrer une corde sensible…


On parle beaucoup d’économie. Mais plus on parle d’économie, moins on parle, au moins au niveau des plus hauts responsables, d’éco-économie.
A force de faire passer l’écologie au second plan, par rapport à nos préoccupations premières, par rapport à l’« état d’urgence » relativement à l’économie, l’écologie finira bien par rappeler ses droits.

 

En tout cas les chiffres sont sous nos yeux : on estime l’impact économique des conséquences de la pollution, globalement, à environ à 6,4 mille milliards de dollars, soit 6,2 % de la production économique mondiale.
Ce qui va gentiment s’accentuer si rien n’est fait pour contrer une évolution sinon inexorable.
 

 


Quand le monde s’éveillera-t-il ?


Alain Peyrefitte, en son temps, l’avait prédit, dans un best-seller (un livre paru en 1973 et vendu à près d’un million d’exemplaires) : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Eh bien, c’est fait, la Chine se réveille, brusquement, et pollue à tour de bras. Et on tremble avec les conséquences.

 

D’autant que d’autres pays dits émergent lui emboîtent gentiment le pas, revendiquant eux aussi leur droit au développement rapide.


Desproges concluait ses billets en disant : « étonnant, non ? ». En écho, je dirai pour ma part : « inquiétant, non ? ».
 
Une lueur d’espoir cependant, face à ce tableau noir foncé ?


La bonne nouvelle malgré tout, c’est que la pollution est en grande partie évitable, que les principales mesures efficaces sont de surcroît efficientes (c’est-à-dire avec un rapport coût/efficacité favorable).


Pour peu qu’on ne soit pas des égoïstes forcenés. A l’instar d’un certain Donald Trump qui cherche à se désengager de la COP 21…

 

 

Auteur : LALAU Jean-Daniel (Pr - Médecin nutritionniste)

 

Publié le 16/10/20