Mais oui, la thyroïde ?


Après tout, je suis à la fois endocrinologue (de formation) et nutritionniste (d’exercice), et à ce titre il ne me paraît pas inutile de faire un petit couplet sur la thyroïde.
Ceci notamment pour discuter plus particulièrement du lien possible entre la thyroïde et le (sur)poids.

 


Trois petits coups (pour présenter les trois acteurs)


Les acteurs, en l’occurrence, ce sont les hormones thyroïdiennes, dont le nom technique est T3 et T4. Et comme il s’agit d’hormones importantes (mais existent-il des hormones qui ne soient pas importantes ?!), elles travaillent sous contrôle, celui exercé par la TSH (je vous le fais en franglais : HST = hormone stimulant la thyroïde).


Tout cela fonctionne en boucle fermée, et la régulation s’opère ainsi :

 

 

  • - Si T3 et T4 s’élèvent, la TSH va faire un rétropédalage en s’abaissant pour tenter de limiter l’excès d’hormones thyroïdiennes (= hyperthyroïdie)
  •  
  • - Réciproquement, si T3 et T4 s’abaissent, la TSH s’élève, avec l’idée derrière la tête de tenter de compenser le déficit en hormones (= hypothyroïdie)

 


Une histoire de poids


Si ces hormones font ainsi l’objet d’une régulation, c’est qu’elles ont un rôle important. En l’occurrence notamment un rôle de gare de triage entre les calories ingérées et les calories rejetées.


Vous me voyez donc venir (avec mon mètre ruban pour mesurer le tour de taille…) :

 

  • - En cas d’excès d’hormones (bis : = hyperthyroïdie), vous pouvez manger tout ce que vous voulez, l’excès d’énergie alimentaire part gentiment dans le conduit de cheminée. En clair, le fonctionnement est orienté vers l’élimination. Vous épongez les excédents.
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  • - En cas d’insuffisance d’hormones (bis : = hypothyroïdie), tout ce que vous mangez sera retenu argent comptant. En clair, tout excès calorique est stocké cash. Vous entrez en hibernation, et vous faites du gras pour l’hiver.

 


Dès lors, la question est : Eh bien de savoir si l’on peut être en surpoids à cause de la thyroïde.


A quoi je vais répondre ainsi :

 

  1. 1. Tout d’abord, c’est bien une insuffisance thyroïdienne que l’on recherche dans le cas présent, puisque c’est l’anomalie qui peut faire prendre du poids
  2.  
  3. 2. Une insuffisance thyroïdienne sévère pourrait faire prendre beaucoup de poids, mais sa sévérité devrait la faire diagnostiquer avant qu’elle… ne fasse prendre beaucoup de poids. En effet, le tableau clinique est celui d’une fatigue massive, de sorte que l’on imagine mal que quiconque puisse « traîner » une telle fatigue massive sans que personne ne réagisse (en dosant la TSH)
  4.  
  5. 3. Ma réponse est ainsi qu’une insuffisance thyroïdienne est très rarement, pour ne pas dire exceptionnellement, une cause d’obésité à elle seule
  6.  
  7. 4. Par contre, ce n’est pas une raison pour laisser évoluer une insuffisance thyroïdienne chez le sujet en surpoids. Car le surpoids ne protège pas d’une insuffisance thyroïdienne ! En pratique, il faut avoir la demande de dosage de la TSH facile, et obligatoire même en cas de fatigue inexpliquée
  8.  
  9. 5. Et puis surtout, en cas d’insuffisance thyroïdienne associée au surpoids, il faut savoir ajuster la dose d’hormone thyroïdienne au poids.

 


L’erreur à ne pas faire, au début du traitement


L’erreur, en traitant ainsi une insuffisance thyroïdienne, serait de donner une dose faible, au prétexte que cette insuffisance est encore débutante. En effet, cette insuffisance va généralement se compléter au fil du temps (en quelques mois ou quelques années), de sorte que la dose qui convenait au début ne conviendra plus secondairement.


A ceci près qu’il y aura eu entre temps une prise de poids à la clé, par défaut donc de compensation hormonale. Laquelle prise de poids, si elle est significative, est de nature à faire réajuster… la dose d’hormone thyroïdienne.

 


L’erreur à ne pas faire, en cours de traitement


C’est de dire : « Aïe, aïe, aïe ! Ma TSH est basse, il faut donc que je baisse ma dose d’hormone thyroïdienne, parce qu’elle est trop forte ».


Erreur funeste, car la TSH est parfois faussement basse. De sorte qu’en face d’une TSH basse, la première chose à faire, c’est : rien. Ne pas baisser la dose d’hormone !


Rien ; enfin si : doser en complément T3 et T4. Et si au bout du compte T3 et T4 ne sont pas proches de la borne supérieure de la normale, il n’eût pas été pertinent de réduire le dosage de l’hormone.


Petit conseil d’ami donc : la dose d’hormone équilibrant une insuffisance thyroïdienne pleine et entière est proche de 2 (microgrammes) par kilo de poids. Ainsi, si on a commencé par 25, pour un poids de 100 kilos par exemple, on a de la marge !


Autant donc commencer par « une bonne petite dose », pour éviter donc de courir après la compensation !
 

 

Auteur : LALAU Jean-Daniel (Pr - Médecin nutritionniste)

 

Publié le 10/12/2020

 

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