Absence d'activité physique et sédentarité: deux facteurs de risque de maladies chroniques et de mortalité


C'est en 1953, qu'a été rapportée pour la première fois (dans le Lancet) une augmentation du risque de maladie coronaire chez les chauffeurs de bus Londonien. Puis beaucoup d'études d'observation ont montré que le manque d'activité physique est un facteur de risque majeur de morbidité et de mortalité prématurée. En 2012, il a été estimé que l'absence d'activité physique était responsable de plus de 5 millions de décès chaque année dans le monde.


Actuellement les comportements de sédentarité sont très fréquents. La majorité du temps éveillé est passé à des activités sédentaires: temps resté assis au travail ou dans les transports, ou temps passé devant la télévision. Ces deux comportements passifs ont été associés à une augmentation du risque de maladies chroniques et de mortalité.


La question qui se pose est de savoir si l'activité physique peut atténuer voir éliminer l'effet délétère sur la mortalité du temps resté assis ou passé devant la télévision.


 
Une méta-analyse "harmonisée" sur 1 million de sujets


Pour répondre à cette question, les chercheurs de l'Ecole norvégienne des sciences du sport à Oslo et de l'Université de Cambridge au Royaume-Uni, ont réalisé une méta-analyse de 16 études d'observation colligeant les données de 1 005 791 personnes de plus de 45 ans aux Etats-Unis, en Europe de l’Ouest et en Australie.

 

Les données d'activités physiques (exprimées en équivalent métabolique: MET par heure par semaine) et de sédentarité (temps en heures assis ou passé devant la télévision par jour) ont été harmonisées à partir d'auto-questionnaires validés.

 

Pour harmoniser les études, les niveaux d'activité physique sont les suivants: marcher représente 3.3 METS, une activité d'intensité modérée 4 METS, une activité d'intensité vigoureuse 7 METS et une activité sportive violente 7.2 METS


Les participants ont ainsi été classés en quartiles en fonction de leur niveau d’activité quotidien :

 

  • - 25% font 2.5 MET-h ou moins par semaine équivalent à environ 5 minutes d’activité physique d'intensité modérée par jour
  • - 25% font 16 MET-h par semaine équivalent à 25-35 minutes d’activité physique d'intensité modérée par jour
  • - 25% font 30 MET-h par semaine équivalent à 50-65 minutes d’activité physique d'intensité modérée par jour
  • - 25% font plus de 35.5 MET-h par semaine équivalent à environ 60-75 minutes d’activité physique d'intensité modérée par jour
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Les exemples d'activité physique d'intensité modérée sont la marche rapide à 5 à 6 km/h et le vélo de loisir à 16 km/h.


Les participants ont aussi été classés en 4 groupes en fonction du temps quotidien passé assis: de 0 à 4h/j, de 4 à 6h/j, de 6 à 8h/j et supérieur à 8h/j.


Les participants ont enfin été classés en  4 groupes en fonction du temps quotidien passé à regarder la télévision:inférieur à 1h/j, de 1 à 2h/j, de 3 à 4h/j et supérieur à 5h/j.


 
Plus on est actif et moins on est sédentaire meilleur est le pronostic :


Sur un suivi de 2 à 18.1 ans 84 609 sujets sont décédés soit 8.4% de l'ensemble et dans 75% des cas, ces décès sont d'origine cardiovasculaire ou cancéreuse (sein, colon, colorectal). Dans l'analyse, le groupe le plus actif (plus 35.5 MET-h par semaine) et le moins sédentaire (assis moins de 4h/j) a été pris comme groupe de référence (soit un risque relatif RR=1). 


Par rapport à ce groupe de référence, Les individus les plus à risque sont ceux qui avaient le niveau d'activité le plus faible (moins de 2.5 MET-h par semaine) avec une augmentation du risque de mortalité qui dépend du niveau de sédentarité, risque maximal de 59% pour les plus sédentaires (assis plus de 8h/jour). 


De même, par rapport au groupe de référence, ceux qui ont un niveau d'activité faible (16 MET-h par semaine) ont aussi une augmentation du risque de mortalité qui dépend du niveau de sédentarité, avec un sur risque de 12% pour les moins sédentaires (assis moins de 4h/j). 
 


Chez les plus actifs, le niveau de sédentarité n'intervient pas dans le risque de mortalité


En effet, dans le quartile des hyperactifs (plus 35.5 MET-h par semaine), le risque de mortalité est le même quelque soit le niveau de sédentarité. Dans le quartile des actifs (30 MET-h par semaine), il est observé une augmentation du risque de mortalité (+ 10%) uniquement chez les plus sédentaires (assis plus de 8h/j).


Globalement, chez les personnes les plus actives, l’association entre un temps assis prolongé et l’augmentation du risque de mortalité disparaît. Et plus le niveau d’activité diminue, plus le risque de décès augmente en fonction du niveau de sédentarité avec une relation dose-réponse très claire. Ainsi chez les moins actifs (2.5 MET-h ou moins  pas semaine), le risque de mortalité augmente respectivement de 8%, 9% et 27% chez ceux qui restent assis de 4 à 6h/j, chez ceux qui restent assis de 6 à 8h/j et chez ceux qui restent assis plus de 8h/j.
 


Ceux qui passent le plus de temps devant la télévision augmentent leur risque de mortalité quelque soit leur niveau d'activité physique


L'analyse réalisée sur la relation entre le temps passé devant la télévision et la mortalité en fonction du niveau d'activités physiques est différente de l'analyse précédente.

 

Chez les moins actifs (2.5 MET-h ou moins par semaine), par rapport à ceux qui passent moins d'une heure devant la télévision, ceux qui y passent plus de 5h/j augmentent leur risque de mortalité de 44%. Et chez les plus actifs (plus 35.5 MET-h par semaine), par rapport à ceux qui passent moins d'une heure devant la télévision, ceux qui y passent plus de 5h/j augmentent significativement aussi leur risque de mortalité de 15%. En d'autres termes, contrairement au temps passé quotidiennement assis, le fait d'être très actif ne fait qu'atténuer l'effet délétère du temps journalier passé devant la télévision sans l'annuler.


Cette méta-analyse d'études observationnelles montre pour la première fois, qu'un niveau quotidien d'activités physiques élevé (environ 60-75 minutes d’activité physique d'intensité modérée par jour) peut compenser l'effet délétère sur le risque de mortalité d'un excès de temps journalier passé assis au travail ou dans les transports (plus de 8h/j) mais ne peut pas compenser le même effet délétère d'un excès de temps passé devant la télévision (plus de 5h/j). Le mieux, pour compenser des périodes prolongées en position assise au travail serait de faire des "pauses" et d'aller, par exemple, marcher 5 minutes toutes les heures.

 

Le risque de mortalité associé au fait de rester assis 8 heures par jour disparaît avec une heure d’activité physique modérée comme la marche rapide (5,6 km/h) ou le cyclisme en loisir (à 16 km/h). Et même une activité de plus courte durée (25 à 35 minutes par jour, recommandations minimales actuelles) est associée à une baisse du risque de mortalité associée à la position assise prolongée.

 

En revanche, passer plus de 5 heures par jour devant la télévision représente un risque élevé de mortalité qui n'est pas annulé par un niveau quotidien d'activités physiques élevé.
 

 

Auteur : Hervé Gallois : médecin cardiologue

 

 

Publié le 15/09/2020