Le « stress » ambiant résulte bien d’une altération du rapport au temps !

 


C’est à cause du patron


Jacques rentre du travail. Sa journée l’a bien énervé. À peine la sacoche de travail est-elle posée sur la table qu’il se dirige tout droit vers le frigidaire, sort à la hâte le plateau de fromages, et prend à pleines mains le gruyère pour en découper un morceau (et je ne parle pas de Chantal qui – authentique ! – ouvre tout grand son frigidaire pour y mettre sa sacoche. Est-ce la marque du stress ? Ou plutôt d’un état distrait ?).


Comme le fromage n’est pas sucré, ce type de grignotage n’empêchera aucunement Jacques de prendre, une heure et demie après, un dîner plutôt copieux ; car le soir, « on a le temps ». En outre, le fait de manger « devant les infos » augmente quasi mécaniquement le volume alimentaire.

 


L’alicament


Nous avons ici un phénomène typique de comportement induit par le « stress au travail » (le mot « stress » est formulé plus aisément que le mot « anxiété » : le premier est presque valorisant, il montre la pression externe subie ; tandis que le second renvoie à la faiblesse de la personne).


Disons-le autrement : l’aliment est un formidable anxiolytique. Surtout devant la télé, quand les infos « alimentent » le stress ambiant, ajoutant du stress au stress. Les médias sont friands en effet de rapporter ce qui ne va pas bien. Il fut un temps où il fallait donner au peuple, dans la Rome antique, du pain et des jeux (Panem & circenses), une époque « barbare » révolue, croit-on ; mais en réalité on nous sert tous les jours notre lot de malheurs, de cadavres déchiquetés.
Des cadavres « exquis », décidemment…

 


Pris entre deux mâchoires


La conjoncture est ce qu’elle est. Mais entre la crise et le sentiment de crise, assez généralisé, il n’y a plus beaucoup d’espace de liberté. L’homme compense comme il peut. L’aliment est un recours fréquent.


Il n’y a plus qu’à dénoncer l’état de fait, que l’homme mange comme ceci, et non comme cela ; véritable double contrainte. De la même façon qu’on enlèverait une béquille à un sujet en rééducation.
Et dire que l’on parle de « rééducation nutritionnelle »…

 


En pratique


Le vrai traitement serait celui du rapport entre le « patron » et ses employés. Mais soit on change le monde, soit on change quelque peu soi-même.


Je donnerai le conseil de faire un vrai goûter, un goûter « institutionnel », si on ne rentre pas trop tard du travail, en privilégiant le pain, un laitier léger, et les fruits. Si on rentre tard, mais sans passer à table immédiatement, je conseille plutôt des légumes crus coupés en bâtonnets (les légumes font sécréter de la bile, ils préparent ainsi la digestion du repas à venir).

 

 

Auteur : LALAU Jean-Daniel (Pr - Médecin nutritionniste)

 

Publié le 10/12/2020

 

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