Je suis allée voir Bertrand pour la première fois avec une relative appréhension : le médecin généraliste qui m’avait recommandé  auprès de lui, m’avait indiqué qu’il s’agissait d’un jeune homme handicapé, s’exprimant  difficilement et avec  beaucoup de colère en lui.

 

Traité précédemment avec des antidépresseurs non adaptés, la sophrologie, technique corps-esprit qui aide à mieux gérer ses émotions, pouvait peut-être l’aider… Voilà à peu près les seuls éléments dont je disposais.

J’ajouterais que je n’avais jamais suivi de personnes handicapées.

 

Notre première rencontre, en présence de sa tante, fut à la fois le début d’une belle aventure qui dure maintenant depuis plus d’un an, et le commencement d’une relation très forte.

 

Je me trouvai en effet devant un jeune homme de plus de 35 ans, handicapé moteur cérébral, ne prononçant aucun mot. Sa tante me traduisit ce qu’il exprimait par quelques sons incompréhensibles pour moi, par gestes et expressions du visage.

 

Et ce visage se transforma à un moment de notre « échange », en une douloureuse souffrance à l’évocation de son histoire… jusqu’à ce cri de douleur qui ne sortit pas de sa gorge et pourtant tellement réel.

 

En sophrologie, on évoque souvent l’alliance, cette relation de confiance, de compréhension, sans jugement ni a priori, sur laquelle se construit tout travail, toute possibilité d’évolution.

 

C’est à cet instant, au moment où Bertrand plongeait dans cette douleur, que nous avons commencé notre relation par une respiration en duo…

 

Depuis, j’ai appris à le connaitre, à mieux le comprendre (sa tante n’assiste plus à nos rendez-vous), à l’accompagner dans son cheminement : trouver un sens à son existence, dans ce fauteuil qu’il ne quitte que pour rejoindre son lit.

 

Aujourd’hui, Bertrand a évacué le plus fort de sa colère, grâce à la sophrologie certes et également grâce au Tai-chi, au Qi-gong et au karaté.

 

Passionné d’arts martiaux, il cherche depuis longtemps la voie, inspiré par son modèle, Bruce Lee.

 

Au fil des mois, nous nous engageons de plus en plus vers une forme de sérénité.

 

Je ne saurais dire qui de nous deux apporte le plus à l’autre…. mais je sais que mon regard envers une personne handicapée a changé.

 

Je comprends un peu mieux la souffrance enfermée dans un corps devenu prison. J’appréhende davantage le supplice moral au quotidien, le difficile regard des autres, souvent fuyant…

 

Merci à vous Bertrand de m’avoir offert cette chance de vous guider quelque temps sur un bout de chemin…

 

 

Sources :

 

- RAMONNET Christine (Sophrologue)

- RENAUDIN Stéphanie (Sophrologue)

 

Publié le 16/10/20