Quand il est question d’arrêt de la cigarette, deux patientes me viennent en tête.


Une amie tout d’abord, que je félicite  d'avoir arrêté de fumer.  J'ai été pendant plusieurs semaines sa confidente-pharmacienne, et j'ai vu les efforts que cela lui a demandé.


Et aussi une patiente qui a inspiré un de mes premiers billets de blog : « Bicarbonate pour la sécheresse buccale d'une ex-fumeuse ». Elle a arrêté de fumer, oui, mais trop tard, seulement quand on avait découvert son cancer. C'était en 2014. Elle est morte aujourd'hui.
Je la revois encore dans mes pensées : elle a son gros caddie à provisions violet rayé d'orange que je remplis de médicaments.


Ce n'est pas une légende : le tabac tue. Et s'il ne vous tue pas, il vous met dans un sale état.


Des patients touchés malheureusement, j'en ai plein : M. B s'étouffe à cause de sa BPCO (maladie respiratoire chronique du fumeur), M. M me parle à travers sa trachéotomie, M. J est tout maigre et a une sonde car son œsophage est fichu, Mme H est veuve parce que son époux, gros fumeur, est parti d'un cancer de la vessie, etc.


Alors réfléchissez. N'êtes-vous pas prêt à dire vous aussi : « moi, sans tabac ! » ?

 


Pourquoi prendre un traitement quand on se décide à arrêter de fumer ?

 

  • - Vous augmentez vos chances de maintien de l'abstinence tabagique.
  • - Vous ressentirez moins les symptômes physiques de manque que l'on ressent en cas d'arrêt brutal de la cigarette.


Les symptômes de manque de cigarette :

 

  • - Des très fortes envies de fumer
  • - Une irritabilité, une nervosité
  • - Une perturbation du sommeil
  • - Des troubles de la concentration
  • - Des sautes d'humeur
  • - Un appétit augmenté
  • - Une constipation…

 

Ces symptômes physiques de manque sont très présents dans les jours qui suivent l'arrêt du tabac, et disparaissent au bout de quelques semaines. Les traitements d'aide au sevrage tabagique vous aident à passer ce cap.

 


Il faut aussi de la motivation


La dépendance physique disparaît en quelques semaines.


La dépendance psychologique met plus longtemps à disparaître. Il est fréquent d'avoir envie d'une cigarette plusieurs mois après l'arrêt du tabac.


Un ex-fumeur n'est pas un non-fumeur. Il faut donc éviter de s'autoriser une cigarette, même des années après l'arrêt du tabac. La cigarette réveille vos récepteurs, et votre envie de fumer.

 

La réussite de votre sevrage tabagique dépend donc du choix du bon traitement, mais aussi de votre motivation.

 


Êtes-vous pas, peu ou très dépendant à la cigarette ?


Il est important de définir votre niveau de dépendanceà la nicotine afin d'instaurer la forme et le dosage le mieux adapté pour votre traitement.


Les traitements du sevrage tabagique 


Les traitements du sevrage tabagique ne sont pas remboursés.


L’Assurance Maladie prend tout de même en charge les traitements par substituts nicotiniques prescrits par un médecin à hauteur de 50 € par année civile et par bénéficiaire.


Les remboursements sont portés à 150 € pour les femmes enceintes, les jeunes de 20 à 30 ans, les bénéficiaires de la CMU complémentaire et les patients en ALD atteints d’un cancer.


Les mutuelles peuvent aussi proposer un remboursement si votre contrat le prévoit : n’hésitez pas à vous renseigner.

 

 

  • - Les substituts nicotiniques


Petit rappel des précautions d’usage des patchs et des substituts sous formes perlinguales :

 

  • -    Il faut commencer un traitement à base de nicotine le jour où vous arrêtez de fumer.
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  • -    Ne pas fumer avec des substituts nicotiniques : ni cigarette, ni cigarette électronique.
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  • -    Ne pas associer les patchs et les traitements perlinguaux (gomme, pastille…).
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  • -    Ne pas laisser traîner les patchs, même usagés, et les dispositifs d'aide au sevrage. Ils sont dangereux pour les enfants.
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  • -    Pas de substituts nicotiniques si vous allaitez. Si vous êtes enceinte, un avis médical doit être demandé.
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  • -    A utiliser avec prudence en cas d'ulcère gastro-duodénal.

 

 

  • - Les patchs

 

Les patchs délivrent de la nicotine en percutanée, tout au long de la journée, et ils diminuent donc votre envie de fumer.
 
Il en existe deux types. Ceux que l'on garde 24 heures (c'est-à-dire même la nuit), ceux que l'on garde 16 heures (à retirer au coucher).

 

  • - Les patchs sur 24 heures permettent de mieux lutter contre l'envie de fumer au réveil.
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  • - Les patchs sur 16 heures sont à réserver aux patients dont le sommeil est perturbé par l'apport de nicotine continue. Ils devront peut-être lutter un peu plus contre l'envie d'une cigarette au réveil.


Il existe 3 dosages dans chaque catégorie (21mg ou 14 mg ou 7mg/24h ; 25mg ou 15mg ou 10mg/16h).  Le pharmacien vous conseillera sur le dosage le mieux adapté à votre score de Fagerström, et  sur la durée des paliers à respecter.
Parfois des ajustements de dose et de durée peuvent être nécessaires.


On  colle le patch le matin au réveil, sur une zone de peau sans lésion, sèche, de préférence peu poilue. Tous les jours, on change de site pour éviter les irritations. On peut prendre sa douche avec son patch. On ne découpe pas un patch.

 

 

  • - Les gommes à mâcher, les comprimés à sucer ou sublinguaux, les inhalateurs, les vaporisateurs de nicotine
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Ils délivrent de la nicotine par voie perlinguale, et ils soulagent rapidement l'envie de fumer.


Il existe plusieurs formes, plusieurs dosages, plusieurs parfums. Veillez à ne pas dépasser la posologie maximale. Il faut diminuer sa consommation progressivement sur 1 à 3 mois, et la stabiliser éventuellement 2 à 3 mois supplémentaires à 1 ou 2 gommes si l'envie de fumer revient, pour enfin arrêter.

 

Conseil pour éviter de déglutir la nicotine : mastiquez doucement les chewing-gums, attendre quelques secondes entre chaque mastication, en laissant le chewing-gum entre la joue et la gencive, remastiquez à nouveau.

 


  • -    Les médicaments : le bupropion ou Zyban LP® et la varéniciline ou Champix®


Le bupropion est un psychotrope, inhibiteur de la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, appartenant à la famille des antidépresseurs. La varénicline agit sur les récepteurs nicotiniques.


Ces deux médicaments agissent donc au niveau du cerveau, chacun à sa façon, pour lutter contre l'envie de cigarette et diminuer le manque.


Ils sont tous les deux sur prescription obligatoire, car ils présentent quelques interactions médicamenteuses, et certaines précautions d'emploi que je ne détaillerai pas.


Ils ne sont pas remboursables.

 

Il faut débuter le traitement avant l'arrêt effectif du tabac.
Il faut définir avec son médecin une date précise d'arrêt du tabac, de préférence au cours de la 2ième semaine de traitement.


Il ne faut pas poursuivre le traitement en l'absence d'efficacité après 7 semaines pour le bupropion, 12 semaines pour la varénicline ; ou si vous présentez certains effets secondaires (hypersensibilité, idées suicidaires, modification du comportement...).


Il est donc important de faire le point régulièrement avec son médecin.


L'insomnie est fréquente avec ces traitements.


Les nausées sont très fréquentes avec la varénicline. Afin de les diminuer, prendre les comprimés au milieu ou à la fin d'un repas.

 

 

  • - La cigarette électronique
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Elle n'est pas officiellement recommandée par l'HAS comme un traitement d'aide à l'arrêt du tabac. Son efficacité et son innocuité doivent être encore évaluées.

 

 

Les traitements « non officiels »


D’autres solutions peuvent compléter votre traitement et vous aider dans votre démarche d'arrêt du tabac.


Voici quelques exemples, sachant que votre pharmacien pourra vous guider et vous aider à choisir :

 

  • - L'homéopathie : des granules à sucer à chaque envie de fumer
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  • - La phytothérapie : la valériane ou la ballote par exemple aident à retrouver le sommeil
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  • - L'aromathérapie : l'huile essentielle d'orange douce en diffusion ou à respirer peut apaiser les envies de tabac. La lavande est utilisée pour se détendre
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  • - Les compléments naturels : le magnésium et la vitamine B6 sont conseillés en cas d'irritabilité et de stress. Les vitamines antioxydantes A, C, E peuvent les compléter
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  • - L'acupuncture 
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  • - L'hypnose

 

 

Auteur : SOURAUD Séverine (Pharmacienne)

 

Publié le 10/12/2020