Les éditos du Police Mutualité
Publication trimestrielle de 150 000 exemplaires
Edito de janvier 2010- N° 329
Le Président, Jean-Marc Tomasi
La solidarité est
l’empreinte génétique de
notre pacte républicain
Tous ensemble !… » C’est le titre d’un magazine de télévision au concept généreux,
diffusé sur un créneau à fort audimat. A priori, l’idée est bonne, puisqu’il s’agit de
fédérer des énergies autour d’une philosophie visant l’entraide – fi nancière, matérielle,
humaine – afi n de faire aboutir le projet – immobilier par exemple – d’une personne,
d’un foyer, d’une famille en détresse. Cependant, comment accepter ce choix, cet acteur
improvisé, tandis qu’ils sont des millions de citoyens à vivre la précarité au quotidien ?
Outre-Atlantique, cette forme de loterie existe aussi ; elle vise la santé de milliers
de personnes – ils pourraient être des millions – qui tentent leur chance bimensuelle
avec le secret espoir d’accéder à des soins médicaux. Jusqu’à ce que le sort les désigne…,
ou parfois jusqu’à la mort. Car pour beaucoup, c’est d’une question de vie ou de mort
qu’il s’agit !
Pour traiter un diabète, une insuffi sance cardiaque ou pour fi nancer une chimiothérapie…,
ici ou là, dans les États, des médecins bénévoles donnent un peu de leur temps afi n
de soigner ce public trop riche pour bénéfi cier d’une couverture publique mais bien
trop pauvre pour se payer une assurance santé.
Pour autant… qu’il s’agisse de l’une ou l’autre de ces bienveillances, peut-on parler
de solidarité ?
La solidarité est l’empreinte génétique de notre pacte républicain, le ciment de la société,
notre identité commune. Elle trouve sa pleine expression dans la Sécurité sociale, qui
mobilise toute la population sans différence aucune. Chacun, ayant conscience d’intérêts
partagés, épargne des fonds selon ses moyens, avec la certitude qu’il recevra, le moment
venu, en fonction de ses besoins. Un véritable fi let de sécurité, en somme, pour nous préserver
de cette angoisse des lendemains, fondée sur le manque de ressources pour affronter
la maladie, la vieillesse, le chômage ou bien, encore, accueillir l’heureux événement
et les charges familiales nouvelles qui en découlent.
Mais pour sauvegarder ce contrat social, il nous faudrait mobiliser notre énergie
à réparer les mailles d’un fi let qui s’est distendu au fi l des années écoulées et des mutations
d’une société en quête de besoins nouveaux !…
Bien sûr, la solidarité s’exprime aussi via le réseau mutualiste,
qui absorbe parfois ce que la collectivité ne veut plus honorer. C’est ainsi
que le conseil d’administration de la MGP vient, une fois encore,
d’accepter la prise en charge du nouveau désengagement organisé
par la loi de fi nancement de la Sécurité sociale pour 2010. Mais ces
décisions ont un coût ; et le réfl exe d’affaiblir la solidarité nationale
en sollicitant sans cesse les ménages et leurs complémentaires ne peut
qu’amplifi er le risque de voir un jour des milliers de citoyens miser
leur espoir de guérison dans une hypothétique loterie…, à contresens
de cette « force d’être ensemble » qui nous caractérise.
Le président,
Jean-Marc Tomasi